Viser juste, c'est parfois si simple, suffisait d'y penser

De l’urinoir à la réunion Nudge

J’adore les sujets décalés, surtout quand – à priori – il n’y a aucun rapport avec mon thème de prédilection, la réunion.
En l’occurrence, cette semaine, je vais vous parler de l’urinoir et des sciences du comportement, sujet découvert sur slate grâce à un de nos lecteurs.

L’histoire :
« En 2009, l’aéroport international d’Amsterdam Schipol a installé un nouveau type d’urinoir dans ses toilettes publiques, qui est depuis entré dans l’histoire des sciences du comportement. Ces urinoirs avaient un détail particulier : un autocollant représentant une petite mouche de fruit a été installé au fond de chaque cuvette, précisément à l’endroit où le filet d’urine est censé entrer en contact avec la céramique pour éviter toute éclaboussure sur le sol. Plutôt que d’installer des pancartes ordonnant aux voyageurs de « pisser droit » ou les culpabilisant en leur rappelant que des femmes de ménage passaient derrière leurs exploits, les responsables de l’aéroport avaient joué sur un comportement réflexe quasi-universel : quand ils urinent, les hommes ne peuvent résister à l’attrait d’une cible à viser sur la cuvette, et ont tendance à orienter le jet d’urine vers cette distraction… Les frais de nettoyage du sol avaient été réduits de 80% après l’installation des urinoirs. »

Ce type d’approche s’inspire du livre de Richard Thaler «  Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness ».
NUDGE traduit l’idée d’encourager, de pousser à… par la méthode douce.

Cela part du principe qu’on a plus de chance d’obtenir le résultat voulu en influençant le contexte plutôt qu’en maniant l’obligation ou l’interdiction.

Les urinoirs de Schipol sont devenus un exemple célèbre de la nudge strategy qui commence à être suivie par quelques pays ou organisations :

  • en Angleterre, les plans d’épargnes retraite facultatifs sont proposés par défaut, c’est-à-dire avec inscription automatique et désinscription volontaire pour inciter les individus à épargner plus ; la part des salariés épargnants est passée de 61 à 83%
  • en Angleterre encore, la pression sociale est utilisée pour encourager le contribuable à payer ses impôts
  • aux USA, Barack Obama a embauché le co-auteur de NUDGE, Cass Sunstein, et a mis sur pied une agence fédérale, la Social and Behavioral Science Team (SBST), chargée d’introduire ces méthodes de sciences comportementales dans toutes les politiques publiques fédérales pour « aider les travailleurs à trouver de meilleurs emplois, permettre aux Américains de vivre plus longtemps et en meilleure santé, améliorer l’accès aux opportunités scolaires et soutenir la réussite scolaire, accélérer la transition vers une économie moins carbonée».
  • en France, EDF propose aux ménages le test en ligne « e.quilibre » pour comparer leur consommation à celle de ménages équivalents dans le but de la faire baisser

Manipulation ? Le Nudge n’agit pas sur le libre arbitre, mais c’est plutôt une méthode par essai et erreur pour trouver ici ou là des marges de progression.
Comment ça marche ou « How to make lazy people do the right thing ? » (comment faire faire la bonne chose aux gens paresseux ?)
En fait, la façon dont nous effectuons nos choix peut être guidée par une sorte d’« architecture » qui prend en compte plusieurs aspects de la nature humaine.
Nous sommes naturellement limités par le nombre de sujets auxquels nous pouvons prêter attention à un moment donné. Entourés de stimuli, pour survivre, nous devons diriger notre attention sur ce qui semble le plus important (comme la mouche à fruit au fond de l’urinoir 😉 ). Cela nous pousse vers un comportement qui produit un résultat socialement souhaitable.
Il y a aussi deux autres faillibilités humaines : l’inertie et l’auto-contrôle limité. En cas de doute, les humains ont tendance à ne rien faire, même si le coût du changement est faible et les avantages importants.

À la lumière de ces traits humains, l’option par défaut devient la stratégie de « l’architecte de choix ». L’option par défaut détermine ce qui se passe si le décideur ne prend aucune mesure. En raison de l’attention limitée, l’inertie et le manque de volonté, la sélection de la valeur par défaut peut avoir des effets très efficaces. Il s’agit donc d’établir une règle qui détermine ce qui se passe si vous ne faites rien. Si vous ne faites rien, rien ne change ; tout ce qui passe continue à se produire.

Alors que seraient les options par défaut de la Réunion Nudge ?

  • l’Ordre du Jour pourrait être pré-rempli à partir du compte rendu précédent
  • le participant qui n’aurait réalisé aucune action ou contribution entre deux réunions serait déclaré « pour information » et ne serait plus invité
  • les actions seraient directement suggérées à partir des notes prises en réunion
  • le temps de la réunion serait géré de façon automatique sans que personne n’ait à le faire
  • la relecture commune du plan d’action serait proposée par défaut et systématique avant de quitter la réunion
  • le suivi des actions après la réunion serait complètement assisté et collaboratif
  • à la réunion suivante la revue du plan d’actions serait le premier point de l’Ordre du Jour
  • un compteur enregistrerait et restituerait la somme des actions réalisées à chaque réunion par chaque équipe

Un doux rêve ? Peut-être pas pour les utilisateurs de MyMeetings et les adeptes de la Réunion Digitale..

Zen la Réunions Nudge !

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