Pourquoi pas un gros YES pour l'Intelligence Artificielle !

YES à Une IA Européenne

Dans le magnifique espace de coworking Kwerks Haussmann,  j’ai participé à la soirée Startups & Strateg.IA : l’Europe contre-attaque?  organisée par France digitale.
Le sujet : centré sur la stratégie pour gagner la bataille de l’Intelligence Artificielle contre les USA ou la Chine plutôt que sur l’IA et ses applications concrètes.
Le programme : présentation par Axel Lemaire (devenue partner chez Roland Berger) d’une étude réalisée par Roland Berger & Asgard,sur la stratégie IA dans le monde et deux tables rondes concernant l’environnement puis le financement des entreprises de l’IA.
J’y ai pris quelques notes que je partage bien volontiers avec vous.

l’intro

L’IA est sortie du pré carré scientifique, l’accélération business est fulgurante.
C’est une vraie innovation de rupture car on ne sais pas trop ce que les objets qui l’embarquent vont vraiment devenir (ou nous faire devenir), les usages gagnants et les perdants.
La science algorithmique a donc pris son essor pour devenir applicative et touche une multitude de domaines.
Le lien avec la recherche fondamentale est resté très étroit ce qui fait de l’IA un domaine assez spécial.
C’est dans l’univers des startups que l’on trouve le meilleur terreau : équipes + capitaux + projets.

Dans la compétition mondiale, les USA comptent 1400 startups, l’Europe 770, la Chine 380, Israël 360.
Si on raisonne en solo, les UK 250 et la France 110…
Donc, il n’y a pas photo :
Il faut penser Européen si l’on veut participer sérieusement à la fabrication du monde avec IA de demain.

Qu’est ce qui coince chez nous ?

  • Une approche manquant de pragmatisme
    Comment se lancer dans l’IA ?

    • en tentant de concurrencer les gafa : à court ou moyen terme, c’est pas vraiment crédible
    • en tentant de concurrencer les gros opérateurs (edf, orange, etc.) : même constat
    • par contre, dans tous les domaines, il y a une grande place pour fabriquer tous les objets et applis avec IA
      Et en Europe, en France en particulier, il y a beaucoup de talents.
      Mais une IA sans data n’a aucun avenir.
  • une ouverture des data compatible avec la RGPD
    « Permettre l’ouverture des data, c’est comme avoir permis l’ouverture du corps humain.
    C’est cela qui a rendu possible les progrès de la médecine d’aujourd’hui. » (David Bessis, Tinyclues)
    En France, nous avons un fichier unique au monde : 150 tera de données où toutes les données de santé sont stockées.
    Les complémentaires santé en ont 50 tera, donc l’ensemble de notre parcours santé pèse 200 tera. (David Giblas, Malakoff Médéric)
    C’est une vraie mine d’or pour l’IA, progresser et inventer de nouveaux usages.
    Or, pour y accéder c’est très compliqué : il y a un process dans lequel on doit décrire tout ce que l’on veut faire, comme dans l’univers du médical.
    C’est inadapté au domaine de l’IA car les usages peuvent justement naitre de l’exploration.
    C’est comme notre état civil en France qui est une formidable base de données, là aussi peu accessible à la recherche en IA.
    Il faut réconcilier la recherche en IA qui a besoin de données et la nécessaire protection des données privées.

L’anonymisation des données devrait être un vrai grand sujet de recherche pour réconcilier l’opendata et le respect de la  vie privée (RGPD) si l’on veut jouer un rôle majeur dans l’IA.

  • Une spécificité du développement des produits IA peu prise en compte
    Bien sûr, comme dans toute innovation, il faut comprendre le marché et ne pas compter seulement sur la science.
    Mais en IA la validation du savoir faire est essentielle : si ça ne marche pas, ça peut ne jamais marcher, on atteint les limites du prototypage.
    Pour cela il faut valider le concept « d’essai clinique pour l’IA » et effectuer des essais à grande échelle, pour qu’à la fin il y ait bien un produit.
  • Une course aux talents effrénée
    Aux USA, les algoryrthmeurs sont aspirés par les GAFAM avec des salaires astronomiques et sont difficile à fidéliser.
    En France, on a des ingénieurs loyaux à des prix plus raisonnables (tant que les GAFAM ne viennent pas faire une razzia chez nous)
  • Une approche financière pas assez globale
    L’efficacité des fonds levés en Europe est supérieure à celle des US, on est plus frugal, par culture et aussi par nécessité.
    En Europe, la taille du marché de départ ou du scénario d’atterrissage en cas de plan B limite les capitaux de départ.
    Aux USA, une entreprise qui échoue à devenir une licorne peut espérer devenir une grosse PME de 500M$ de CA.
    Chez nous, c’est dix fois moins.
  • Un écosystème financier corporate encore timide
    Les perspectives des investisseurs financiers et des startups ne peuvent se limiter à devenir des licornes, ce qui de plus freinerait la diffusion de l’IA.
    L’acquisition des startups par des corporate est un enjeu majeur.
    C’est une façon d’accélérer la pénétration de l’IA européenne dans la diversité des domaines et cela sur un marché mondial (Peugeot, Edenred, Accord).
    Aujourd’hui, seules 20% de nos corporates européennes ont un programme d’IA.

Dites YES ( Young Européenne Startup)

L’étude de Roland Berger & Asgard fait trois recommandations :

  1. Créer un statut YES pour les startups paneuropéennes
    Pour, dès le départ, favoriser la croissance rapide sur un marché local Européen de taille comparable à celui des USA ou de la Chine, spécialement pour l’IA.

    • avec un statut fiscal, une capacité à recruter, à faire participer les salariés au capital, à expérimenter les usages
    • avec des « one-stop shops » à l’intérieur d’incubateurs et de réseaux capables de fournir information et formation aux startups dans chaque pays d’Europe
    • avec un « European tech Pass », accès européen au financement, aux incubateurs, au support marketing et aux visas pour les équipes étrangères
  1. Promouvoir l’investissement YES
    En 2016, les US ont investi 23B$ en IA contre 4B$ en Europe ( 6 fois moins !).
    En 2017, le deal moyen était de 10M$ aux US, 36M$ en Chine, 3M$ en France et 2M$ en Allemagne.L’absence des grandes entreprises européennes dans les deals est un vrai désavantage, il faut :

    • mieux répondre aux « business labs » que sont les startups en IA, face à un financement plus compliqué lié au double risque, marché et technique – plus proche de la recherche fondamentale –
    • favoriser le « corporate venture » avec un investissement croisé entre grandes entreprises européennes, venture capital et private equity
    • favoriser la culture d’investissement transnationale par la création d’un réseau Européen des acteurs du financement
  1. Favoriser le recrutement YES
    En IA, la ressource rare est plus que jamais le capital humain. Il faut :

    • unifier le statut des bons de souscription (BSPCE) européens pour permettre le déploiement des équipes partout en Europe sans supporter de distorsion fiscale locale
    • créer un visa européen pour les chercheurs et les entrepreneurs sur le modèle de la French Tech
    • aider les chercheurs-entrepreneurs en AI à créer leurs startups pour favoriser l’hybridation des entreprises et laboratoires de recherche
    • créer un statut d’ « étudiant-entrepreneur-chercheur »

Hum hum, moi qui croyait que pour que l’Europe prenne part à la grande bataille de l’IA, tout était dèjà bien avancé à Bruxelles…

Qui dit bataille, dit contre qui ?

Les USA, la Chine ? une Big Brother Company ou un autre monstre encore plus à craindre, une super IA mondiale ?

Si l’IA est née il y a près de 70 ans, la potion magique du chaudron technologique du 21ème siècle la fait grandir à une vitesse vertigineuse.
Comme son géniteur humain, elle a besoin pour se développer de liberté, d’autonomie, d’un terreau favorable et de cash.
Nous espérons que l’IA en fera vraiment un bon usage.
Le débat de savoir si elle dépassera ou pas son géniteur est omniprésent et depuis longtemps en science-fiction.
lire ou relire : l’IA Va-T-elle Supplanter l’Humain ? , Etes-vous Un Nextialiste Proactif ?

Je suis assez d’accord avec ce que j’ai entendu, en gros « la peur n’évite pas le danger ».
Si l’on avait pas un jour ouvert le corps humain pour savoir comment il fonctionne, on ne serait sans doute pas là pour en parler.
Mais écoutons aussi les lanceurs d’alerte que sont Bill Gates, Elon Musk et Stephen Hawking sur le sujet.

Ne pas lâcher prise, investir pour apprendre, comprendre, partager…pour s’attabler à la formidable transformation digitale engagée.

Pour une IA Zen & humaniste !

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