Apprendre de ses erreurs, c'est mieux si c'est avant, non ?

Multitâche VS Pré-Mortem Attitude

Je continue d’être consterné par cette divergence croissante entre ce que « le monde de la science sait et ce que le monde des affaires fait ».

Depuis le début de cette année, au travail,  j’ai croisé plus de personnes qui m’ont dit être sous l’eau, déjà épuisées malgré les fêtes et les bonnes résolutions, que de personnes épanouies au travail.
Il semble que nombre d’entre nous ait le nez collé à la vitre, par le sentiment que tout va trop vite, par des flux d’informations qui ne cessent d’augmenter, mais aussi sans doute par des méthodes de travail inadaptées.

Je leur dédie donc le post de cette semaine pour qu’elles prennent du recul et effectuent les quelques réglages indispensables – ou les changements profonds – pour ne pas se cramer inutilement ou vieillir trop vite.

Multitâche = Marijuana = Addiction

En 2016, j’écrivais : Le multitâche tue notre cerveau
Je m’étais inspiré des travaux de Daniel Joseph Levitin, un psychologue cognitif américano-canadien (universités McGill & Berkeley), neuroscientifique, auteur de best-sellers, musicien et producteur de disques, qui a collaboré avec Chris Isaak, Stevie Wonder…

Notre cerveau ne pratique pas vraiment le multitâche.
C’est plus une succession d’allers retours très rapides entre différentes tâches, ce qui l’épuise et augmente notre stress.
En situation de stress, notre cerveau est inondé par le cortisol – baptisé d’ailleurs l’hormone du stress- ce qui est très utile pour nous sauver de la gueule du lion, mais pas vraiment quand on doit faire face à un flux quotidien de travail.

Le multitâche rend plus difficile l’organisation de nos pensées et le filtrage des informations non pertinentes.
Une étude menée par l’Université de Londres a montré que les sujets qui ont effectué des tâches cognitives en multitâche ont connu des chutes significatives de QI, comparables à celles que vous constatez chez les personnes qui ont sauté une nuit de sommeil ou qui fument de la marijuana.

On pourrait penser que c’est facile de s’en rendre compte et abandonner le multitâche.
Et bien non.
Dans le multitâche, une illusion cognitive s’installe : nous entrons sans le savoir dans une boucle de dépendance favorisant les centres de nouveauté du cerveau pour traiter de nouveaux stimuli brillants, au détriment de notre cortex préfrontal, qui a besoin de rester concentré pour obtenir les récompenses d’efforts et d’attention soutenus.

Au lieu de faire du Multitâche… Développons notre Pré-Mortem attitude.

Pré-Mortem Attitude

La conférence Ted (plus de 10 millions de vues) de Levitin sur ce thème  Comment rester calme quand tu sais que tu seras stressé est à voir absolument.
A partir d’une anecdote assez rigolote et finalement assez banale, notre neuroscientifique montre comment dans le feu de l’action, il a enchainé les erreurs.
A chaud, notre cerveau plein de cortisol balbutie son raisonnement et augmente le risque de prendre la mauvaise décision ou d’en enchainer de mauvaises.
C’est un phénomène bien connu en accidentologie aérienne où c’est le plus souvent un enchainement de causes qui génère le crash.
Étudier les accidents, reconnaître ces enchainements, permet aux pilotes de mieux se préparer, diminue considérablement les risques.

Il recommande d’adopter une attitude drôlement baptisée « Pré-Mortem » pour s’entraîner à réfléchir en amont, en référence au post-mortem qui intervient après, trop tard donc 😉

Pour les choses simples, notre cerveau dispose d’un mécanisme formaté pour la localisation : l’hippocampe.
Nul besoin donc de solliciter une autre partie de notre cerveau pour retrouver les clés ou les papiers égarés au moment de partir.
Il suffit de ranger toujours au même endroit les choses que l’on est susceptible de perdre (lol).
L’hippocampe fera le reste.
L’écureuil ne se sert pas de son odorat pour retrouver les noisettes qu’il a cachées.

Pour les choses plus compliquées, c’est une autre histoire, comme prendre une décision médicale concernant un proche ou nous-mêmes.
Chez le médecin, nous sommes en situation de stress et nous ne prendrons pas notre décision avec objectivité alors que nous disposons de données statistiques et que nous pourrions appliquer un raisonnement sous-jacent.
« 90% des médicaments ne fonctionnent que sur 30 à 50% des patients et génèrent des effets secondaires » je vous laisse le soin de découvrir la suite dans sa conférence.
Or la plupart du temps, ni le médecin ni le patient ne décident objectivement en fonction de risques prévisibles et d’un vrai choix de vie personnelle.
En situation de stress, notre cerveau inondé de ce cortisol toxique nous fait devenir la pire version de nous même et notre décision est prise de façon irrationnelle.

Alors qu’une attitude pré-mortem permettrait de minimiser les désagréments.

Pré-Mortem en Équipe

  1. Introduire le Pré-mortem en équipe
    ouvrir une discussion honnête et imaginer pourquoi notre projet peut se planter
  2. Débriefer les réponses
    L’équipe décrit les raisons de l’échec potentiel
  3. Prioriser les menaces
    L’équipe vote pour sélectionner celles qui paraissent les plus dangereuses
  4. Définir la stratégie de réduction
    L’équipe imagine les façons de réduire les menaces
  5. Documenter et organiser le suivi
    Comme d’hab, avec un plan d’action !

Bonus à choix multiples

  •  Une Utilisation raisonnée des outils de groupchat pour ne pas aggraver le mal en cherchant à optimiser son multitasking
  • Le Chant du Canari pour découvrir sa pouponnière à neurones et son potentiel de changement
    avec en cadeau, un lien vraiment cool pour se laisser bercer par sa mélodie à écouter pendant les pauses
  • Pomodoro seul ou en équipe, un incontournable, une vraie hygiène de vie au travail,
    Travailler sur ses tâches de façon séquentielle et non simultanée, pour celles plus longues, les découper sans état d’âme en tranches de 25 minutes pour faire des pauses.

Résumé

Si vous êtes stressé et que vous aspirez à plus de sérénité :

  • Évitez le multitâche comme la peste, ça c’est dit
  • Pratiquez le « pré-mortem », Machiavel nous l’a pourtant dit il y a plus de cinq siècles « …gagne celui qui sait ce qu’il va faire s’il perd »

C’est une vraie démarche de progrès continu couplée à la réduction de son cortisol toxique, bien pour soi et bien pour les autres, sans DLC.

Être Zen, c’est pas mortel !

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