Dans l'évolution se cache une ironie, Coluche aurait apprécié !

L’Ironie du Business

« L’ironie de l’évolution » est le titre du dernier ouvrage de Thomas C Durand, docteur en biologie végétale, auteur de plusieurs ouvrages et cocréateur d’une chaîne Youtube La Tronche en Biais pour vulgariser les biais cognitifs et la démarche scientifique.
Thomas nous rappelle que : « la manière dont nous pensons, dont nous regardons le monde, est le résultat du fonctionnement d’un organe : notre cerveau ».
Étudier l’évolution de la nature qui n’a pas d’intention par son biais… est un bien difficile exercice.
Dur, dur, d’admettre que l’on est le fruit du hasard.

L’évolution est plus futée que nous

Nous avons envie de croire que nous sommes différents et essayons même d’adopter un langage neutre pour décrire ce qui nous entoure.
Pourtant, « le couteau a une finalité, qui exprime son utilité pour la personne qui l’a conçu ou qui en fait l’acquisition » et quand on en parle, ce n’est déjà plus neutre.
De fait, nous véhiculons une intention alors que la nature n’en a pas.
C’est ce c’est ce qui rend si difficile la compréhension de la théorie de l’évolution, nous rappelle Thomas : « Ceux qui la rejettent le font pour de mauvaises raisons, mais une bonne partie de ceux qui l’acceptent aussi ».

Pourquoi les arguments de la sciences sont-ils impuissants à convaincre les sceptiques de la théorie centrale de l’évolution ?
Est-ce seulement parce qu’ils sont de fervents adeptes du fixisme et de l’essentialisme d’Aristote qui a fait autorité pendant plus de 2000 ans ?

Mais au fait, pourquoi Aristote s’est-il trompé ?
Parce qu’il ne disposait pas des outils qui lui permettaient d’imaginer et comprendre l’évolution et la sélection naturelle.
Pour lui, un poisson était « par essence » de nature différente d’un oiseau ; il n’avait pu observer la vie des pingouins ou des autruches et la génétique n’était pas née.

Et pour nous autres ?
Les biais cognitifs, mon cher Watson, ce sont ces fameux biais qui là encore en sont les fautifs.
Lire ou relire : Big Bug Biais

Je ne résiste pas au plaisir d’une piqûre de rappel sous l’angle de cette ironie de l’évolution qui nous explique le pourquoi de nos biais : la dissonance cognitive.
Ce terme désigne la tension qu’une personne ressent lorsqu’un comportement entre en contradiction avec ses idées ou croyances.
Notre cerveau utilise alors des stratégies, des « biais » pour réduire cette tension psychologique.
Et dans le cas de la théorie de l’évolution, notre cerveau s’en donne à cœur joie !

Trois petits biais en guise d’illustration

Le biais essentialiste ou biais d’attribution

Exemple : les petites filles préfèrent le rose.
Ce biais consiste à expliquer un événement ou un comportement par des causes internes (disposition, trait de personnalité, « c’est comme ça ! ») plutôt que par des causes externes, son historique, sa situation, son environnement.
C’est le même biais qui nous incite à attribuer nos réussites à nos qualités et nos échecs à la malchance (aussi nommé, biais d’auto complaisance).

Le biais téléologique

L’exemple donné le plus fréquent est celui de la girafe. Et non, son cou ne s’est pas allongé parce qu’elle avait « l’intention » de manger les feuilles hautes…
Ce biais consiste à expliquer un phénomène par l’intervention d’un but final (le telos).
Dans les années 1960, on a inventé le nom de téléonomie (caractère nécessaire mais non intentionnel) dans lequel on écarte par principe la notion de dessein intelligent de la démarche d’analyse.

Le biais d’agentivité

Exemples : la perception de visages dans les nuages, un objet qui « refuse » de fonctionner, la théorie du complot…
Le langage humain distille sournoisement des sous-entendus et attribue des caractères humains aux choses, des desseins aux objets, des buts à chaque action.

L’ironie du Business

Et si l’évolution du business était plus futée que nous ?

On fait des prévisions, des business plans, on utilise des outils, des méthodes, tirés des meilleures pratiques et quand ça marche, on explique que c’est grâce à la théorie ?

Il faut un peu de tout pour que ça marche : une bonne idée, être au bon endroit, avoir trouvé un vrai problème à régler, une vraie raison de déclencher l’achat, un marché à adresser, une bonne équipe, un peu d’argent pour commencer, parfois beaucoup pour continuer, une exécution tenace, parfois avec acharnement sans dévier d’un pouce, parfois gorgée de multiples pivots plus opportunistes les uns que les autres, coups de génie pour les uns, coups d’esbroufe ou dernière chance pour les autres.

En fait, on ne contrôle pas grand-chose :
En cas de succès, on refait un peu l’histoire pour démontrer comment c’est arrivé, que « le cas » illustre parfaitement la théorie.
En cas d’échec, il y a la Failcon, la conférence des loosers, née à San Francisco en 2009, pour expliquer comment on s’est servi de ses échecs pour rebondir et finalement réussir, quand c’est le cas !
C’est super… après coup.

L’évolution du business, vue par Darwin, ce serait ce processus de sélection naturelle – qui s’opère sous nos yeux en quasi temps réel – de projets qui mutent en entreprises, dans un monde du business en pleine évolution, fait de hasards, de disruptions, d’opportunités et d’adaptation compétitive ou coopérative, imprévisible.

Les outils conceptuels que les entrepreneurs utilisent de plus en plus pour innover participent certes à la réussite.
Mais érigés en dogmes, ils deviennent autant de biais qui nuisent à l’action et à la compréhension du présent.
Ce sont de formidables outils pour comprendre le passé, limiter les risques du futur, mais certainement pas une martingale pour miser sur le succès ou l’échec.
A cet égard, l’Effectuation est une application pleine d’humilité de cette incertitude.

Dans ce bouillon du business, l’entrepreneur est sans doute le « gêne mutant », celui qui change la donne et fait la différence.
C’est ce qui fait évoluer le système en permanence et le rend imprévisible.

Mais le chemin de l’entrepreneur est pavé de biais, tout comme celui des idées.
Qu’il peut être plus facile de décoder et de contourner en équipe dans le Parcours des Idées.
Et en utilisant l’incertitude avec intention…

Zen l’ironie !

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