Simplification de Hérisson ? se demande maître Renard...

L’IA Va-t-elle Supplanter l’Humain ?

Neurosciences : il y a débat.
L’humain se résume-t-il à un algorithme biologique bientôt dépassé par l’IA (l’intelligence Artificielle) ou le fonctionnement et la puissance du cerveau humain sont-ils si différents de celui d’un ordinateur que l’humain ne sera jamais rattrapé ?

Vous connaissez la métaphore du hérisson et du renard ? Elle est vieille de presque 3000 ans.

Le Hérisson et le Renard

Elle aurait été exprimée pour la première fois en 750 avant JC par un poète grec nommé Archilochus, puis reprise par le philosophe hollandais Erasme vers 1500 et enfin par Isaiah Berlin en 1953, un philosophe anglais d’origine russe.

Le hérisson ne voit le monde que par une règle simple alors que le renard tire parti d’une grande variété d’expériences.

Dans un article récent Jérôme Barthélemy, Professeur de stratégie et management à l’ESSEC, nous explique que la plupart des experts dans les médias se trompent.
Dans les années 80, un professeur d’université américain, Philip Tetlock, a demandé à 284 experts des prévisions économiques. Il en a recueilli plus de 80000. 20 ans plus tard, il en a publié le résultat.
La plupart des prévisions étaient fausses et ce n’était pas le niveau d’expertise qui permettait d’établir une corrélation mais la seule exposition médiatique : plus l’expert était médiatique, plus ses prévisions étaient fausses.
La raison ?
C’est que pour faire de l’audience, il vaut mieux deux hérissons qui s’affrontent plutôt que des renards, trop subtils pour nourrir la polémique.

La science se trompe souvent

En 1894 à Chicago , Albert Michelson – prix Nobel de physique 1907 – a prédit qu’il n’y aurait plus aucune découverte majeure à faire en physique.
Et il n’était pas le seul à le dire.
En 1905, Albert Einstein publie The Annus mirabilis papers et plante les graines de la théorie de la relativité générale et de la mécanique quantique, les piliers de la physique moderne.
En l’espace de quelques années, Albert Einstein a révolutionné notre compréhension de l’univers.

Tout est approximation

La plupart du temps, l’incertitude de la méthode scientifique est une force. C’est comme ça qu’on s’auto-corrige.
La magie de la connaissance humaine est qu’il n’est pas souvent nécessaire d’avoir complètement raison pour que cela soit utile.
Si cela fonctionne, c’est déjà un progrès.
A un moment donné de l’histoire, la majorité des gens pensent donc qu’ils ont compris.

De plus, il y a une difficulté qui va croissante à créer en laboratoire des modèles fermés fidèles à des phénomènes complexes.
Et les scientifiques ont tendance à sous-estimer des légères différences dans les conditions de l’expérimentation.
En dehors des domaines de la physique et de la chimie, cette même force comporte sa part de vice.
C’est particulièrement le cas quand il s’agit d’économie, de psychologie ou de science du comportement où l’observateur fausse l’observation, générant là-aussi des biais.

A cela s’ajoute un phénomène amplifiant l’approximation, la réplication.
En 2005, un professeur de Médecine de Stanford, John Ioannidis, a publié un article intitulé « Pourquoi les résultats de recherche les plus publiés sont faux »
En gros, il a démontré, à travers une étude académique, que les médias ont tendance à répliquer les études aux titres accrocheurs, ce qui aggrave la transformation des approximations en contre-vérités.

Alors, l’IA va-telle supplanter l’humain ?

Bien que ce sujet me passionne depuis très longtemps et après avoir lu beaucoup, je ne vais cependant pas pouvoir vous éclairer.

On est en plein débat d’experts :

  • excellent article ici (en anglais) : Votre cortex contient 17 milliards d’ordinateurs
    Une approche documentée et originale qui assimile le fonctionnement de chaque neurone à celui d’un ordinateur en réseaux et non à celui d’un simple processeur et qu’on devrait plutôt parler de «  réseaux neuronaux de réseaux de neurones » (ce qui mettrait l’IA à 10 mille années lumières du cerveau humain)
    Les récentes découvertes nous montrent que : «  Les neurones contiennent eux-mêmes des sous-unités dendritiques qui peuvent calculer des fonctions… et chaque neurone pourrait changer radicalement de fonction en ne modifiant que quelques-unes de ses entrées. »
  • Un autre là (en français) : Quelle est la puissance de notre cerveau ?
    Une approche comparée par les chiffres qui fait elle-même débat : capacité de stockage, puissance de calcul, capteurs, consommation d’énergie, coût de production…)
    J’adore cette conclusion de l’auteur : « Il ne faut pas oublier que le cerveau tient dans une tête humaine, alors qu’un super-ordinateur occupe tout un étage d’un immeuble…On estime qu’un humain moyen coûterait environ 160 $ en éléments chimiques, dont 100 $ rien que pour les 160 grammes de potassium. Le même corps … et toutes les molécules ou cellules qu’il contient (globules, neurones, etc.) coûterait environ 45 millions de dollars une fois assemblé. On peut donc conclure que notre cerveau, manifestement le plus puissant processeur du monde, est sûrement aussi celui se trouvant dans l’ordinateur le plus cher de tous. »

La méthode scientifique est l’un des outils les plus puissants créé par l’homme.
Son processus d’auto-correction nous a ouvert des possibilités que seule la science-fiction osait imaginer.
Mais il est essentiel de reconnaître que la science est une approximation pour qu’elle continue de produire de la valeur.
Et vu le nombre de domaines scientifiques concernés par ce débat IA vs Humain, on nage forcément en pleine approximation.
Et l’approximation devient exponentielle quand plusieurs cerveaux s’associent ensemble pour produire ou pendant que d’autres choisissent de se déconnecter du réseau …
A ce stade là, je vous propose de lire ou relire Nos Petits Moments Creux, C’est Pas Pour Les Robots.

Le premier des bioéthiciens est sans aucun doute Rabelais quand il formule au 15ème siècle :  «  Sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme. »
Là où il y a grand danger, c’est plutôt dans le couplage approximatif et sans conscience de l’IA et de l’Humain par des hérissons, plutôt que dans l’éventuelle ou hypothétique suprématie de l’IA sur l’humain.

Zen les renards !

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