L'art oratoire redécouvert, sur la toile...

Le Réveil du Tribun

Au cœur de tous les apprentissages, il y en a un qui redevient essentiel, c’est l’art oratoire.
Internet et ses chaines vidéo redonnent ses lettres de noblesse à cet art ancien, réservé autrefois aux conteurs du fond de grotte et aux tribuns.

Cet art peut aujourd’hui être pratiqué par chacun de nous sur la toile et toucher n’importe qui, n’importe où, n’importe quand.
Je recommande la lecture de ce livre TED – Parler en public –  qui est le fruit de l’expérience des conférences TED.
Il a été écrit par Chris Anderson, son directeur : « Toute personne ayant une idée qui mérite d’être partagée est capable d’une belle performance »
TED a permis de sortir de l’anonymat d’incroyables tribuns ou de donner la parole à d’autres plus connus mais que l’on n’avait jamais entendu.

Apprendre

L’art oratoire réunit les trois savoir : le savoir, le savoir être et le savoir faire.

Pourtant en France, il est quasi absent de nos cursus.
A la différence des USA où l’on apprend dès le plus jeune âge aux enfants à « pitcher » sur tout et n’importe quoi.
C’est aussi cela qui a donné le story telling et l’art de décrire son changement en une phrase

Or, comme l’écriture et le calcul, apprendre cet art oratoire antique est devenu indispensable à notre société de communication.
Il ne suffit pas d’avoir quelque chose à dire, mais de savoir comment le dire.
Surprendre son auditoire, cela se travaille et cela s’apprend.
Il n’y a pas une façon unique de le faire.
Une fois le discours construit, ce n’est pas non plus le fruit d’une simple répétition car sans authenticité la surprise n’est pas crédible.

Revenons au livre : ce n’est pas non plus un livre de recettes.
C’est plutôt une « trousse à outils », pratique, émaillée d’anecdotes tirées des conférences TED, que chacun peut utiliser pour transformer sa vie à travers cet art de transmettre son savoir aux autres.
Car cet art de transmettre aux autres transforme ce que l’on est, notre savoir être.

Que se passe-t-il pendant une conférence ? Il se produit – ou pas – un déclic qui en fait un succès ou un échec.
C’est ce déclic qui déclenche l’alignement des pensées entre le conférencier et son public.
C’est une invitation de l’auditoire au voyage dont le conférencier est le guide.

Il s’agit de générer un modèle mental inédit, proposer de le partager à l’aide d’un langage commun, pour pouvoir dupliquer ce modèle dans le cerveau des autres.

Les écueils

  • Le boniment, en cherchant à impressionner
  • Le délayage, fruit de l’improvisation ou du manque de préparation, le blabla n’est pas une option
  • Le pensum, qui endort
  • L’inspirationnisme, qui en faire trop
  • La malédiction du savoir, Einstein aurait dit : «  il faut tout simplifier autant que possible, mais pas plus »
    Dans notre tête, nos idées sont reliées par un lien fusionnel : ce lien n’existe pas à priori dans l’auditoire, c’est cela qui complique.

Les clés

  • Comprendre que le poids des mots vaut son pesant d’or, soigner sa communication non verbale ne suffit pas
  • Commencer par une histoire perso
  • Bâtir une bonne épine dorsale, une capsule sémantique de quinze mots clés, ni trop commune ni trop prévisible
  • Comme les bouddhistes, « libérer l’espace et en dire moins »
  • Une fois ce fil conducteur établi pour y raccrocher ses idées, Chris nous propose de creuser quelques outils : le contact, la narration, l’explication, la persuasion, la révélation

Quel que soit le message, quelque soit le sujet, un incontournable :

Établir le contact

Visuel

La première impression est déterminante.
L’auditeur a besoin de savoir s’il peut nous faire confiance.
On ne peut pas s’ouvrir à toute idée émise, ce serait l’enfer, heureusement c’est une barrière naturelle face à l’inconnu.
L’auditeur a donc des armes pour s’en protéger : le scepticisme, la méfiance, l’aversion, l’ennui, l’incompréhension;
Et le conférencier des armes pour l’établir : le sourire (naturel), le regard, qui déclenchent l’activité des neurones miroir.

Montrer sa vulnérabilité authentique

C’est un outil puissant, à n’importe quel moment.
Le public aime aider l’intervenant à surmonter sa faiblesse.
Mais attention à l’aveu de faiblesse calculé, cela ne marche pas.

Faire rire (pas jaune)

L’éclat de rire est le signal que tout le monde attend pour communier.

Au placard, l’ego

On ne communie pas avec quelqu’un qui est imbu de lui-même.
L’autodérision fait un carton, mais attention, pas l’apitoiement sur soi.
Je ne peux résister au plaisir de reprendre cette anecdote citée par Chris :
De visite aux Pays-Bas, dans un dîner officiel, Tony Blair – avant son élection –  y croise une dame d’une cinquantaine d’années, qui lui demande son nom «  Tony Blair » et que faites-vous  «  je dirige le parti travailliste britannique ». « Et vous ? », « Béatrix », « que faites-vous ? » « je suis la reine de ce pays »

Toujours raconter une histoire vraie

C’est comme pour le commerce, ce qui compte c’est l’emplacement, l’emplacement, l’emplacement.
En conférence, quel que soit le thème, c’est l’authenticité, l’authenticité, l’authenticité.

Gare au tribalisme

Quand un sujet devient politique, il clive le public.
Le clan opposé reste hermétique, impossible d’établir le contact avec les deux à la fois.
Quand les gens ne sont pas préparés à entendre, pas de dialogue, pas de communion.

 

Que ce soit une promenade hallucinante, une démonstration dynamique ou la vision d’un rêve, Chris se sert de tous ces conférenciers comme des témoignages de routes différentes que l’on peut prendre pour capter l’attention, implanter son idée dans l’esprit de ceux qui nous écoutent.

Il aborde bien entendu les sujets de la préparation, de la répétition, de la validation bienveillante par quelques-uns – l’équivalent du proto des startups -, du « dress-code », du support « avec ou sans slide »,  de la voix – ah ah Macron !-, de l’adaptation à la configuration des lieux, …mais tout ça, je vous laisse le découvrir.

L’intérêt de ce livre est triple :
C’est une réflexion pragmatique sur cet art oratoire autrefois réservé à quelques-uns.
Il suggère notre capacité à nous transformer en profondeur grâce à l’effort de transmission du savoir.
il nous fait partager un peu de ce qui se passe derrière le rideau, avant de monter sur l’estrade.

En chacun de nous il y a un tribun qui sommeille, posé sur la toile.

Le potentiel de répercussion, de propagation sans limite dans un monde hyper connecté est une formidable opportunité pour faire quelque chose de positif qui se diffuse et peut générer d’autres idées.
Chris nous propose de suivre la recommandation d’un des premiers conférenciers Ted, Dan Dennett, un philosophe : « Le secret du bonheur…trouver quelque chose qui compte plus que vous et consacrez-y toute votre vie ».

L’art oratoire est sans doute une voie pour sortir de sa zone de confort et valider ce qui compte vraiment pour nous, transmettre pour toujours.

Si l’accélération d’internet favorise l’émergence du négatif sur le positif en le faisant remonter plus vite à la surface, dans le temps long, c’est le positif et ses pépites qui l’emportent.

Les conférences TED y brillent de tous leurs feux.

Zen le réveil du tribun !

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