La Contre-Société... à l'insu de notre plein gré ?

L’individu Relationnel, la Contresociété et la Réunion

Roger SUE est sociologue et professeur à l’université Descartes.
Il vient de publier un ouvrage au titre apparemment provocateur : La contresociété.
Après Demain, la Wikinomie, notre série sur le Changement, voici une nouvelle réflexion passionnante.

Priorité ici est donnée au temps long de l’anthropologie qui éclaire d’un jour nouveau l’évolution de la société avec la montée de « l’Individu Relationnel »

Quelle est cette contresociété dont nous parle l’auteur ?

Elle mêle trois figures, trois manières non exclusives d’être contre : la désertion, la contestation et la reconstruction.
Ce n’est pas une crise économique : la richesse a augmenté.
C’est une crise sociale et politique de répartition de cette richesse.
C’est une crise de transformation sociale qui génère ces figures.
L’économie n’est qu’une facette de l’activité sociale : le lien social imprime une forme différente dans une société féodale et guerrière du moyen âge et une société moderne qui a inventé le travail et l’industrie.
Cette évolution du lien social se produit le plus souvent à l’insu de ceux qui la vivent et elle se caractérise par la montée de l’Individu Relationnel.

C’est son désir d’associativité qui fonde et définit l’Individu Relationnel.

Ce qui est révolutionnaire est qu’aujourd’hui il peut s’exprimer. Et cela change tout

Le lien relationnel n’est plus à l’extérieur mais est à l’intérieur de l’individu, condensé en lui, porteur d’un collectif associatif.
Il touche tous les domaines : couple, famille, amis, travail, entreprise, loisirs, institutions, politique…
Il y a un fossé entre une perception positive de l’évolution de ce lien social sur le plan individuel (horizontale) et une perception négative de l’évolution collective (verticale).

Le changement engendré par ce lien social est profond :

  • nouveau rapport à soi
    Chaque personne est singulière avec une identité plurielle, en construction permanente, narcissique et en recherche de valorisation de soi-même
  • nouveau rapport aux autres
    L’individu relationnel s’oppose à l’individu gouverné, freudien, normé par les autres et la tradition

L’individu relationnel tisse sa toile, c’est un être réseau, à la fois « ami et follower », célèbre et anonyme, savant et apprenant
Pour lui l’égalité n’est pas similarité : « en tant qu’unique, je suis incomparable et égal à tous ».

Le lien d’association, c’est « l’égalité naturelle » si chère à Jean-Jacques Rousseau.

Les liens fixes de la famille sont remplacés par des liens souples et évolutifs de constellations familiales, réciproques et horizontaux.
A l’encontre des idées reçues,  l’Individu Relationnel est engagé.
Il n’est pas en conformité avec les attentes des institutions anciennes et pyramidales, mais il est engagé de façon intense à défaut d’être durable.

En France, selon une étude IFOP de 2016, il y a 20 millions de bénévoles et c’est dans la tranche d’âge 15-35 ans que l’on a la plus forte progression (+34% contre +12% l’ensemble) de l’action bénévole depuis 2010.
Il y a 1,3 millions d’associations avec 70.000 créations nouvelles chaque année, contre 20.000 dans les années 60 pourtant emblématiques.

Cet incroyable dynamisme du monde associatif est incompréhensible s’il n’est pas relié à la transformation du lien social qui a pour moteur le désir d’associativité individuel.

L’explosion des réseaux sociaux n’est pas par hasard.

La diffusion de ce nouveau lien social, porté par le désir de s’associer et de fonctionner en réseau, rendu possible par la technologie, a ouvert la porte de la société de la connaissance (illustrée par Wikipedia) et à l’économie du partage, l’intelligence des foules et les réseaux de confiance. Le fait que des plateformes soient devenues de purs sites commerciaux et dénaturent la relation d’origine est une autre affaire, comme le fait que tout ne soit pas parfait ou que le pire côtoie le meilleur.

La forme influence le fond : « Le média est le message »
On a la suprématie du flux sur le stock.
Le pouce et la main dans la relation à l’écran, au clavier, développent de nouvelles capacités cognitives.
Les liens hypertextes changent le mode de lecture.
Les jeunes enfants essaient de cliquer dans les livres après avoir découvert les tablettes et s’énervent que rien ne se passe.
Cela génère de nouvelles façon de « faire connaissance », d’apprendre à apprendre, une recomposition permanente des savoirs qui transforment les savants en ignorants potentiels et les ignorants en savants potentiels.

Mais cela transforme également en profondeur notre économie, notre relation au travail que la Robolution (Révolution Robotique) va encore accélérer.
Résister ne sert à rien. Il faut comprendre et accompagner.
Un nouveau secteur « quaternaire » est en train de naître, sous les écrans radars des institutions. Il se fonde sur la production de l’individu, de ses connaissances et de sa capacité associative.

Doing is learning, la science participative, la société sans école, où est passé le travail, l’impossible croissanceil y a tellement de matière à réflexion dans son ouvrage que je vous incite vivement à le lire.

Comment conclure sur le thème de la Réunion qui nous réunit chaque semaine ?

L’individu relationnel dont nous parle Roger SUE est exactement le même que celui qui participe aujourd’hui à vos réunions.
Tout l’oppose à la verticalité et à la rigidité.
Il a besoin d’adhérer, de s’engager et de « s’associer ».
En comprenant la mutation profonde en cours, en fonctionnant plus en communautés projet ou service, en pratiquant la Réunion Digitale pour collaborer de façon transverse, transparente et responsable , vous ne direz plus « avant c’était mieux » et porterez un regard confiant et optimiste sur le futur.

Zen l’avènement de l’Individu Relationnel !