Dring, une notif !

Internet est le Fruit d’une Utopie qui a Mal Tourné

Le scandale Facebook et l’utilisation de nos données personnelles sans notre consentement m’interpelle tout autant que vous.
L’utilisation de nos données de recherche ou de localisation par Google est tout aussi préoccupante.

J’en ai un peu marre tout de même du « quand c’est gratuit, c’est vous le produit » qui finalement tend à donner raison aux réfractaires des réseaux sociaux en ironisant sur la naïveté du plus grand nombre.
Quelle attitude adopter et vers quel futur raisonnable nous tourner ?
La dystopie est une utopie qui imagine le pire. Profitons-en.

Les exemples les plus terrifiants de romans dystopiques sont Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley (publié en 1932) et 1984 de Georges Orwell (publié en 1949).
Jaron Lanier, dans une conférence TED qui vient de se tenir en avril 2018 à Vancouver au Canada, est pas mal non plus.
Dans la Silicon Valley , il est considéré comme le père de la réalité virtuelle, c’est un auteur et programmeur très respecté et écouté.

Jaron a dit…Au départ, c’était cool

La culture digitale dans laquelle nous vivons aujourd’hui s’est bâtie sur une idéologie de liberté et de gratuité pour tous.
La vision était la recherche du beau, du sens, d’un potentiel sans limite.
Mais derrière cette vision idéale qui a produit wikipedia et une culture plus ouverte, accessible à tous, il y avait une face cachée plus sombre de la réalité.
Celle-ci a été décrite avec prescience dès les années 50 par Norbert Wiener, considéré comme le père de la cybernétique : un gros ordinateur centralisant les données et influençant les comportements d’une population hyper connectée tout le temps.

Sauf que…Il concluait que c’était une fiction et technologiquement infaisable.

Jaron a dit… l’erreur historique

Nous l’avons commise dans les années 90 et si on la comprend, on pourra la corriger.

Au départ, il y avait donc une mission sociale, pure, ouverte au public et gratuite.
Et en même temps une admiration sans borne pour les entrepreneurs.
Or, comment concilier ces deux passions antinomiques, l’entrepreneuriat et la gratuité ?
Une seule solution : le business model de la publicité.

C’est pourquoi Google et Facebook sont nés gratuits avec de la pub.
Au départ, les pubs ressemblaient à des pubs.
Puis avec les lois de Moore, les ordinateurs sont devenus de plus en plus puissants, les programmes de plus en plus brillants, pendant que les internautes et les organisations devenaient de plus en plus agiles.
La pub a commencé à maitriser de mieux en mieux les interactions qui ont pour but d’influencer nos comportements.

Jaron a dit… et le système s’est emballé

Dans le monde académique, quand on étudie le comportement, on envoie des stimuli à des rats, des chiens ou des humains.
En gros, on étudie le feedback selon que l’on ait envoyé un électrochoc ou une sucrerie, une punition/récompense.
Au début du XXe siècle, Pavlov a démontré que l’on est capable de faire saliver un chien au simple son d’une cloche.

Avec un smartphone et sur les réseaux sociaux, il y a le même mécanisme symbolique de punition/récompense.
Quand quelqu’un aime ce que j’ai fait, ce que j’ai dit ou une photo, cela active mon circuit de la récompense.
Et s’ils ne m’aiment pas, quelle horreur.

Les consommateurs, ou cœur de cette spirale, sont comme des traders à haute fréquence.
Ils entrent alors dans une spirale de stimuli punition/récompense qui va de plus en plus vite.
Or en accélérant, cette spirale fait remonter plus facilement le négatif que le positif, car le premier est bon marché, alors que le second nécessite plus d’investissement.
Il est plus facile et moins onéreux de détruire (la confiance) que de la construire.
Même si les gens sont bien intentionnés, ils ne peuvent éviter la perversion de cet amplificateur du système.

Dans une approche commerciale, on vend l’exposition répétée des consommateurs à des stimuli.
Malgré eux, les acteurs les mieux intentionnés de la publicité participent à cette accélération de cette spirale négative et favorisent les comportements déviants, cyniques et psychopathes.
« Cela ne peut plus s’appeler de la publicité, c’est de la modification comportementale, exactement comme Wiener l’avait prédit. Je ne peux plus appeler Facebook ou Google de simples réseaux sociaux, ce sont des empires de modification comportementale ».

Ce n’est pas la faute de ceux qui y travaille, c’est juste une énorme, une ridicule erreur, mondiale, de model business au départ.

Jaron a dit… ce qu’il faut faire

Il faut changer le business model : « On ne peut avoir une société dans laquelle, si deux personnes veulent communiquer, une troisième essaie de les manipuler
Après la dystopie, l’utopie, cette fois ? Pas sûr…

Actuellement, nous vivons bien un « pic TV » de consommation, avec une nouvelle façon de consommer la TV payante par netflix et consorts alors que le modèle de la TV gratuite financée par la pub patine.
Pourquoi ne pas imaginer un « pic de social media  » avec une nouvelle façon de consommer internet ? Un monde sans pub indésirable et sans personne pour nous manipuler.

Le problème est que consommateurs et entreprises sont scotchés dans ce business model.
Pour amorcer le mouvement, il faut que le business model des deux « principaux empires de modification comportementale Facebook et Google  » change.
Il leur faut abandonner le gratuit avec pub  pour passer à un abonnement payant sans pub, comme Netflix, Deezer ou Spotify.

Et ainsi, réparer l’erreur historique.

Pas si bête.
Rappelez-vous, en France on a déjà connu ça en 1984 avec l’arrivée de CanalPlus dans le PAF.
Tous les experts et les cadors du métier prédisaient que ça ne marcherait jamais, que les gens ne paieraient pas pour un modèle sans pub avec de la qualité.
Le problème est que CanaPlus, Netflix , Deezer ou Spotify étaient des nouveaux entrants qui ont disrupté leur marchés… alors que les GAFAM sont maintenant solidement ancrés dans le paysage, avec des business model « vache à lait ».

Que faire en attendant, demande Jaron, s’ils ne veulent pas changer leur business model, ?
Supprime ton compte !
 
conclut-il.

Internaute, abonné du gratuit, c’est à toi à payer le prix pour retrouver ta liberté… de penser par toi-même et ne plus être manipulé.
Chiche ?

Zen l’utopie !

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