Pourvu qu'ils s'en rendent pas compte...

En Chacun de Nous Sommeille Un Imposteur

Cette semaine, je me suis un peu fait chambrer par Arnaud (un jeune entrepreneur que je salue) sur ma « spécialité biais cognitif ».
En fait, je ne suis pas du tout un spécialiste de ce champ de recherche en psychologie, mais je m’y intéresse car tout entrepreneur est amené à prendre des décisions et en le faisant, s’expose à ces biais.
De plus, avec les IA qui débarquent à 100 à l’heure dans tous les univers, ça va pas arranger les choses.
Si elles sont censées rendre plus objectives nos décisions, elles risquent aussi de reproduire nos stéréotypes inconscients bourrés de biais.

Alors, juste avant les vacances, histoire de vous détendre –mais pas seulement – j’ai choisi de vous parler du syndrome de l’imposteur.
C’est en quelque sorte le corollaire plus « positif » d’un biais cognitif connu sous le nom d’« effet Dunning-Kruger ».

L’effet Dunning-Kruger

Charles Darwin l’avait pointé du doigt en son temps d’une bien belle façon : « L’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance ».

L’effet Dunning-Kruger ou « effet de surconfiance », est un biais cognitif selon lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence.
David Dunning et Justin Kruger ont testé dans quatre études cette hypothèse sur de jeunes étudiants en psychologie de l’université Cornell (USA) dont les résultats ont été publiés en 1999.
Les tests concernaient les domaines de la logique et du raisonnement, de la grammaire et de l’humour.
Une fois ceux-ci effectués, ils ont demandé à chacun d’estimer son classement par rapport au total des participants.
Les étudiants compétents ont à peu près bien estimé leur classement, mais les moins compétents l’ont largement surestimé.
D’après nos deux chercheurs, cette corrélation démontre que les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence.

Ce biais peut s’avérer sans doute bien utile quand on est entrepreneur : sans une bonne dose d’inconscience au départ, il n’y aurait bien souvent pas de projet ! 😉

Autre résultat assez surprenant : ceux bénéficiant de véritables compétences ont eu tendance à sous-estimer celles-ci, pensant à tort que des tâches faciles pour eux l’étaient tout autant pour les autres.
Cette étude continue de faire référence aujourd’hui.

Bref, passons à l’imposteur.

Le syndrome de l’imposteur

Et bien justement, c’est celui que peuvent ressentir les personnes très compétentes dans un domaine et qui ont le sentiment d’usurper leur place.
Ne rigolez pas, c’est très sérieux, allez voir les quelques liens que j’ai sélectionnés pour vous.
Le terme a été inventé par les psychologues Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes en 1978.

Ce syndrome – non pathologique – toucherait 60 à 70% de la population au moins une fois.
Certains disent qu’on ne peut pas parler de syndrome, que c’est un abus de langage, à vous de juger.
Pour les autres, ils décrivent un cocktail psychologique, un fantasme masochiste, qui mélange mésestime de soi, complexe d’infériorité, anxiété, que l’on retrouve plus fréquemment chez les « surdoués ».
Le plus souvent, ce syndrome est dépassé par une prise de recul et un peu de clairvoyance, mais quand ce n’est pas le cas, il empêche de savourer ses réussites et d’évoluer et finit par devenir un réel problème.
Ceux qui souffrent du complexe de l’imposteur vivent dans le doute, pensent que ce qu’ils font est trop simple et évident pour mériter de l’attention, de l’admiration, un salaire ou des récompenses.
Ils pensent que leur réputation est usurpée, qu’un jour ils seront démasqués et cela génère une peur invalidante qui bloque leurs perspectives d’évolution et les empêche d’être heureux.

On le retrouve particulièrement présent chez les personnes qui ont une promotion sur une compétence technique précise et qui se retrouvent en charge d’une équipe sans avoir eu de formation préalable en management.

En chacun de nous, s’il y a un imposteur qui sommeille, il y a plusieurs façon de l’inciter à dormir tranquille :

  • Se former en permanence en testant et mesurant son savoir dans des formations courtes certifiées (bienvenue à la réforme de la formation en France).
  • Transformer le plus souvent possible ses idées en actions : dans l’action, on n’a pas le temps de psychoter
  • Faire confiance à l’intelligence collective : partager et travailler en équipe est une bonne façon de contrer le syndrome de l’imposteur

Meredith Belbin nous dit : « Nul n’est parfait mais une équipe peut l’être ».
C’est ce qui se passe dans le Parcours des Idées, atelier de co-construction qui fonctionne par groupes de six à sept personnes.
L’objectif est de valoriser en amont la meilleure idée de transformation digitale à réaliser dans les trois mois.

Dans ce parcours partagé, la pensée procède de l’action et aide à gommer les biais cognitifs individuels.
Il permet d’apprendre et appliquer dans un temps très court (une demi-journée) un nouveau modèle mental composé de plusieurs spots scientifiques pour éclairer nos idées de transformation.
Cela permet une mise en mouvement rapide et d’installer une culture du changement dans un monde qui change de  plus en plus vite.

Il est fait pour nous autres les imposteurs, les perfectionnistes, les procrastinateurs, les sur ou sous doués ou les tout simplement normaux.

Zen les effets, les syndromes et tous les biais endormis !

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