Faire au mieux avec ce qu'on a, un truc bien connu pour vider le frigo...mais pas seulement !

Effectuation VS Raisonnement Causal

J’ai rencontré Alain – conseiller numérique à la CCI – à l’occasion d’une excellente présentation sur le Design Thinking.
Merci à lui pour m’avoir rappelé l’intérêt de l’Effectuation, si appliquée dans l’univers des « doers », de « ceux qui font » à travers le monde, des entrepreneurs qui privilégient l’action à la « stratégie programmée », de tous ceux qui l’appliquent aussi à la façon de monsieur Jourdain.

C’est Saras Sarasvathy, une brillante chercheuse indienne émigrée aux États-Unis, qui a introduit ce concept en observant comment 45 entrepreneurs résolvaient des études de cas, pour comprendre comment ils s’y prenaient, par où ils commençaient.
Face à l’incertitude, 9 sur 10 utilisaient l’effectuation plutôt que le raisonnement causal, généralement utilisé lorsque l’avenir est prévisible.

Ce n’est probablement pas un hasard que ce concept soit né de l’Inde en 2001, la terre du micro financement, des micro fondations, de l’innovation bout de chandelle, qui ont donné vie à d’incroyables réussites entrepreneuriales qui, à l’aune de nos théories occidentales, n’avaient aucune chance de succès.

Dans ce cas de l’effectuation, on part de ce que l’on a, on déduit les objectifs en fonction de l’existant (ressources, envie, contacts).
Dans le cas du raisonnement causal, on détermine d’abord les objectifs à atteindre et on en déduit les ressources nécessaires.
L’effectuation parait donc plus adaptée à l’innovation et le raisonnement causal à l’amélioration (lire ou relire L’Idée, l’Echec et l’Organisation Ambidextre).

Saras utilise cet exemple pour illustrer le concept : dans un restaurant, vous commandez ce qu’il y a sur le menu et le chef exécute, c’est du causal. Si dans ce restaurant, vous choisissez les produits et les ingrédients et vous demandez au chef de vous préparer votre repas, c’est de l’effectual.

De ses travaux, elle en a déduit cinq principes qui forment la base de l’Effectuation.

Effectuation

  1. Partir de ce que l’on a
    L’entrepreneur commence avec ce qu’il a.
    Il va regarder qui il est, ce qu’il sait et qui il connait.
    C’est universel, que l’on soit chercheur à Saclay ou maraîcher à Rouffignac-de-Sigoulès.
    Chacun peut agir de manière entrepreneuriale et miser sur sa capacité à faire.
  2. Raisonner en perte acceptable
    L’entrepreneur ne se concentre pas sur les profits possibles, mais sur les pertes possibles et comment il peut minimiser ces pertes.
    « Je teste pendant trois mois et je verrai bien après. »
  3. Créer son patchwork
    L’entrepreneur va faire feu de tout bois et créer un patchwork de collaboration autour de son projet.
    Il coopère avec les parties prenantes avec lesquelles il peut avoir confiance.
    Pour cela, il va utiliser les ressources apportées par des tiers, les assembler, troquer, pour limiter les pertes.
    Ces parties peuvent limiter la perte abordable en donnant un engagement préalable (le crowdfunding s’inscrit dans cette démarche, le co-investissement en R&D avec un client aussi ).
    Il a dans l’idée que la valeur créée par son projet provient plus de la coopération entre gens normaux que de son propre génie.
  4. Appliquer le principe de la limonade
    « When life gives you lemons, make lemonade! » (Quand la vie vous donne des citrons, faites de la limonade = saisissez toutes les opportunités)
    L’entrepreneur ne passe pas beaucoup de temps à imaginer tous les scénarios possibles.
    Il est pragmatique et plonge rapidement dans l’action, il s’adapte. (Le MVP : Minimum Valuable Product et les Pivots qui peuvent en résulter, s’inscrivent dans cette démarche)
    Il est d’un naturel optimiste et n’est pas obtus : il rebondit sur les événements et exploite les difficultés.
  5. Être le pilote de l’avion
    À ce stade, tous les principes précédents sont réunis.
    L’avenir ne peut être prédit.
    Mais à la façon d’un pilote, l’entrepreneur peut contrôler certains des facteurs qui déterminent l’avenir, comme la route, l’altitude et les étapes.
    Il peut commencer à changer le monde petit à petit, en s’adaptant à la météo.

Lire ici cette truculente histoire de Mme Tao, racontée par Philippe Silberzahn.
Il est, avec son ouvrage Effectuation – les Principes de l’entrepreneuriat pour tous, l’auteur de référence de ce sujet dans la langue de Molière.

Effectuation ou Raisonnement Causal ?

L’effectuation est autant une attitude qu’une démarche et elle ne peut pas conduire au dogmatisme non plus.

Ceux qui pratiquent l’effectuation sont sans aucun doute dotés d’un fort QA (Quotient d’Adaptation) et d’une superbe énergie.
Si l’entrepreneur veut optimiser ses chances de succès, il faut qu’il utilise tout ce qu’il a à sa disposition.
Son pragmatisme certes, mais aussi sa curiosité et la capacité d’internet ou des écosystèmes à la combler.

Pourquoi ne pas utiliser aussi les travaux des chercheurs sur l’innovation ?
Ils font partie de la réalité tout autant que le terrain.
Partir de ce que l’on a, pour ensuite exprimer son idée dans un Business Model Canvas ou Décrire Son Changement en Une Phrase, je trouve cela plutôt pragmatique.
Pourquoi les opposer ?
Je marierais bien effectuation et Démarche Pré-Mortem qui s’inscrit dans la logique de minimiser les risques, en essayant d’anticiper les causes d’échec.

Le Parcours des Idées en sept étapes, s’inscrit également dans cette démarche fusionnelle, pragmatique et ouverte, dans cette quête du Graal, de la meilleure idée à réaliser dans les trois mois.
La première étape du Parcours démarre par la méthode des 5 pourquoi, du pur « Causal ».
La dernière étape sur la faisabilité est introduite par cette citation de Saint Simon écrite en 1829 : « Une idée sans exécution est un songe », du pur « Effectual ».

Zen effectivement !

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