Et je vous parle même pas de l'injonction paradoxale !

Drôles de Paradoxes

Décider est notre lot quotidien.
Petits choix de l’ordinaire ou grands plongeons dans le changement.
Mais décider, ce n’est pas toujours facile, quand le chemin est pavé de biais cognitifs… et de paradoxes.
Nous avons déjà survolé ensemble le monde des biais.
Faisons un petit tour dans celui des paradoxes, il n’est pas piqué des vers non plus celui-là.

Certains sont paradoxes parce qu’ils contredisent notre intuition alors que d’autres le sont parce qu’ils rendent illusoire notre libre arbitre ou que d’autres encore nous font tourner en bourrique.
Trois exemples :

Le paradoxe des anniversaires… est contre-intuitif

Combien de personnes faut-il réunir pour avoir 50% de chances d’avoir deux personnes ayant leur anniversaire le même jour ?
Intuitivement, la plupart des gens pensent qu’il faut réunir beaucoup de monde pour atteindre ce résultat.

Or la réponse est 23 personnes car sa probabilité est alors de 50,73 %.
A 57 personnes, elle devient supérieure à 99%.
Je vous épargne la démonstration que vous pourrez trouver ici

Réponse du berger à la bergère : un mathématicien américain a demandé à sa classe de 19 élèves d’appliquer la formule pour calculer cette probabilité.
Ils ont trouvé 38%, ce qui paraît logique cette fois compte tenu que leur nombre est bien inférieur à 23.
Pas de chance, il y avait deux jumeaux dans leur classe…

Plus sérieusement, le raisonnement mathématique qui conduit à ce résultat est largement utilisé en cryptographie.

C’est un paradoxe parce que cette vérité mathématique contredit notre intuition.

Le paradoxe de Newcomb… plombe notre idée du libre arbitre

Le scénario de cette expérience a été établi par William Newcomb en 1969.
Deux personnes sont en scène : Un « devin » quasi-infaillible et un joueur.
Le devin met 1000€ dans la boite A, quoiqu’il arrive.
Le devin met 1000000€ dans la boite B s’il prédit que le joueur prendra seulement la boite B.
Il ne mettra rien du tout dans la boite B s’il prédit que le joueur prendra les 2 boites A et B.
Quand le joueur doit faire son choix, la prédiction a déjà été faite et le devin ne peut plus changer les boîtes.
Le joueur est au courant des règles, que le devin ne se trompe quasiment jamais, des deux contenus possibles en fonction de sa prédiction et qu’il gagnera le contenu des boites ouvertes.

Que feriez vous ?

  • selon la théorie des jeux, prendre les deux boites A & B rapporte plus d’argent dans tous les cas
  • mais si vous considérez que le devin est quasi infaillible, vous pourriez aussi décider de ne prendre que la boite B (car le devin l’aura prédit)

Face à cette expérience, les joueurs se répartissent en deux groupes équivalents, chacun des deux étant certain d’avoir tenu le bon raisonnement.
Ce paradoxe met en évidence que deux raisonnements logiques peuvent mener à des décisions contradictoires.

Mais le pire est sans doute ce qui suit.
En 2008, des chercheurs allemands, en utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pour étudier le cerveau de sujets, ont découvert que le résultat d’une décision pouvait être encodé dans le cerveau dix secondes avant son apparition dans la zone de conscience.
En 2010, des chercheurs américains ont eux utilisé l’IRMf pour prédire les décisions des sujets une semaine à l’avance avec plus de précision que leurs propres prédictions.

Tout à coup, les progrès de la neuroscience du XXIe siècle ont l’air de rendre ce rôle de devin tout à fait envisageable.
Si les scientifiques (et le devin) peuvent prédire nos décisions une semaine à l’avance, il semble alors que nous ne prenons pas les décisions tout à fait de notre plein gré.
Et si l’IA s’en mêle, on la retrouvera bientôt déguisée en devin dans des domaines aussi variés que le commerce en ligne ou la politique… Apparemment, cela a déjà été tenté.

Et si ça réussit, notre idée de libre arbitre sera alors bien plombée !

Le Paradoxe de Fermi… nous fait tourner en bourrique

Il date de 1950, aussi surnommé le paradoxe du grand silence.
On le doit à Enrico Fermi, prix Nobel de physique :
« S’il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? ».

Notre soleil est plus jeune que beaucoup d’autres étoiles de notre galaxie et statistiquement d’autres civilisations plus anciennes auraient dû apparaître et laisser des traces.
Or il n’en est rien.
Et depuis 70 ans, les plus grands cerveaux de notre planète se sont attaqués à ce paradoxe.
Un nombre incroyable de publications scientifiques ou de fictions a tenté ou tente encore de le résoudre :

  • certains par l’observation, mais point d’ondes radio, sondes ou vaisseaux !
  • d’autres ont conclu, silence radio parce que la terre est unique
  • d’autres conjecturent, silence radio parce qu’il y a un « grand filtre »
  • d’autres encore utilisent les mathématiques pour expliquer ce vide en croisant le temps de développement technologique d’une civilisation, le temps d’habitabilité des planètes et la probabilité des accidents cosmiques.
    Ils ont même calculé qu’il y avait de l’ordre de 4000 civilisations potentielles dans notre galaxie susceptibles de vivre sur 300 millions de planètes habitables, que la distance entre deux civilisations serait de l’ordre de 2000 années-lumière. Compte tenu qu’il faudrait près de deux millions d’années à une civilisation pour se répandre, le silence est expliqué.
  • d’autres enfin, les écologistes, expliquent qu’il existe des civilisations non expansionnistes -il y a des exemples sur notre planète- et que pour celles qui le sont, de toute façon le modèle n’est pas soutenable, d’où ce silence.

70 dix ans plus tard, le paradoxe de Fermi est toujours vivant.

Vous avez dit paradoxes ?

Comme pour les biais, il y en a une infinité qui d’ailleurs font l’objet de différentes classifications même si certains sont parfois un peu tirés par les cheveux.
J’en ai pioché quelques uns pour le fun : paradoxe de Simpson (quand on combine les résultats identiques de deux groupes et que le résultat s’inverse) , du barbier (qui rase tous les barbus qui ne se rasent pas eux même, et lui qui le rase alors ?), du crocodile (il vole un enfant à sa mère et dit « si tu devines ce que je vais faire, je te rends le bébé, sinon je le dévore… »), des trois prisonniers ( variante de Newcomb), du voyage temporel (Terminator), de Monty Hall (une histoire de portes, de chèvres et de voiture), celui d’Épiménide (« un homme déclare « Je mens ». Si c’est vrai, c’est faux.)…

Je retourne au bureau, là au moins ils vont me laisser tranquille.

Et au bureau ?

Et bien non, justement, ça continue !
Que faire :

  • Quand les « sachants » ne sont plus ceux qui sont en place mais les nouveaux qui arrivent (pour le digital)
  • Quand le fait d’être connectés tout le temps ne nous rend pas plus productifs
  • Quand on nous demande d’être innovant et en même temps de respecter les process
  • et je ne vous parle même pas des injonctions paradoxales !

Et puis, comment choisir et sélectionner la meilleure idée de « transformation » à mettre en œuvre ?
Entre biais et paradoxes, urgences et priorités, est-ce que ce seront bien notre libre arbitre et notre esprit rationnel qui fonctionneront ?
La décision n’était-elle pas déjà prise, implantée dans l’inconscient collectif, ou le sera-elle au doigt mouillé -celui du patron ou du dernier qui aura parlé- ?

C’est le bazar.
Laissons plutôt les équipes décider ensemble des meilleures idées à mettre en œuvre et développer une culture du changement.
C’est le but du Parcours des Idées qui fait confiance à l’intelligence collective pour tracer sa route entre biais et paradoxes.

Zen paradoxal !

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